Les utilisations des archives de l’urbanisme

La seconde partie de la journée du colloque « Lire et Relire la ville », était animée par les utilisateurs des archives définitives. C’est sous la forme d’une grande table-ronde présidée par Jean Luc Pinol (Professeur d’histoire contemporaine à l’ENS Lyon, et directeur du TGE Adonis), qu’une historienne, deux géographes et une archiviste ont présenté différentes formes de mise en valeur de ces archives à travers la présentation de leurs travaux et projets. Ainsi, ont été abordés l’utilisation de ces données dans l’écriture de l’histoire de l’urbanisme, leur intégration dans des outils didactiques que sont les SIG (Système d’Informations Géographiques), ou encore leur usage dans des projets de rénovation de quartier intégrant pleinement la participation citoyenne.

Marie-Clotilde Meillerand (Docteur en histoire contemporaine) a présenté son travail de thèse qui cherchait a étudier comment une très grande ville comme Lyon gère les conséquences de l’urbanisation, en donnant une place importante aux acteurs de l’urbanisme. Concernant l’utilisation des archives de l’urbanisme, elle a insisté sur trois points :

  • La difficulté à repérer les sources. Au cours de l’histoire, l’importance consacrée à l’urbanisme a évolué ; ainsi Édouard Herriot considérait l’urbanisme comme « le nom pompeux donné à la voirie ». Avant 1950, le mot clef urbanisme sera donc de peu d’utilité pour le chercheur. De plus, on retrouve des sources à tous les échelons de l’administration. Les changements successifs des acteurs ayant la compétence « urbanisme » expliquent aussi l’éparpillement des archives. Ainsi le chercheur devra recourir, selon son sujet et la période étudiée, aux Archives départementales, municipales, consulaires ou intercommunales, mais également à celles du Ministère de l’Équipement et des fonds privés.

  • La difficulté de lecture et de compréhension de certaines archives. Une fois ces archives repérées, elles ne sont pas toutes d’un accès facile ; en effet la complexité croissante du modèle administratif français et le développement des acronymes nécessitent une excellente connaissance du contexte particulier à chaque ville. Ainsi, le dialogue avec les urbanistes et les archivistes est essentiel pour reconstituer précisément les processus et le contexte de production des documents. Sur ce sujet, le recours aux bordereaux d’élimination peut également apporter des renseignements précieux. A cette première difficulté s’ajoute également celle de la lecture des notes et des plans techniques.

  • La multiplicité des typologies et leurs apports. Toutefois, ces difficultés sont liées à la richesse des fonds, qui permet donc d’avoir plusieurs angles d’étude. Par exemple, les enquêtes publiques permettent d’étudier l’évolution des mentalités face aux changements de la ville. Les archives administratives, par les ordres de missions et les convocations, permettent de suivre l’évolution de carrière de certains urbanistes peu connus.

Ainsi, le travail de recherche, d’analyse et de recoupement des archives est d’autant plus nécessaire pour rendre accessible au public l’histoire de l’évolution des villes, que les sources constitutives de cette histoire sont peu faciles d’accès.

L’intervention de Nicolas Ferrand (Docteur en Géographie et Aménagement et responsable du service urbanisme de Saint Cyr au Mont d’Or) a également mis en évidence cette grande diversité dans les lieux de conservation de ces sources due aux évolutions de compétence. Son travail portait sur la création d’un outil cartographique de suivi de l’agglomération lyonnaise à l’échelle de la parcelle et du bâtiment. Le résultat de ce travail est un outil didactique qui permet de donner une bonne compréhension du territoire et de son évolution à partir de documents complexes à saisir. De plus, cet outil pourra être complété au fur et à mesure de l’avancée des recherches. Pour les archivistes, un tel travail permet de démontrer le « retour sur investissement » de la conservation des archives, surtout aux élus qui investissent des fonds dans cette conservation quand ils ne voient pas tout de suite l’intérêt de cette dernière.

Dans la même optique, Catherine Bernard (responsable des publics aux AM de Toulouse) a présenté le projet « Urban-Hist » . L’objectif de ce projet ambitieux, qui a débuté en 1991, était d’intégrer dans un SIG unique, accessible au plus grand nombre, des données sur l’urbanisation, l’archéologie et l’histoire globale de la ville de Toulouse. Ce projet, porté par les Archives municipales, a donc donné lieu à de multiples partenariats entre des structures qui poursuivaient des objectifs différents, et qu’il a fallu sensibiliser et coordonner. La réalisation de cet outil a demandé beaucoup de travail de la part de tous les acteurs ; en ce qui concerne le service Archives, ce travail a porté sur le dépouillement de toutes les matrices cadastrales de 1860 (qui a nécessité en plus une réflexion importante concernant le recadrage des données sur le cadastre actuel), la numérisation de toute l’iconographie de l’Ancien Régime et un traitement des données des permis de construire. Cela a eu pour résultat une première version en 2006, qui a été remaniée et qui maintenant comporte plus de 41000 photographies et iconographies.

La mise à disposition sur le web des archives sur l’urbanisme peut également avoir des objectifs plus ciblés. Ainsi, Catherine Foret (Géographe et Sociologue) a présenté le projet de création d’un portail d’archives en ligne, « l’histoire urbaine en partage », dans le cadre du projet de réaménagement du quartier « Carré de Soie » dans l’agglomération lyonnaise. Lors d’une première tentative de réaménagement de ce quartier, qui a une riche histoire industrielle et ouvrière, plusieurs associations d’habitants s’étaient opposées au projet. En réponse à leurs réclamations, un comité de pilotage s’est alors mis en place pour travailler sur la mémoire de ce territoire. Le Grand Lyon s’y est ensuite associé. Cette organisation illustre une nouvelle manière de conduire un projet urbain avec la volonté de faire de cette histoire particulière un bien commun à tous les Grands Lyonnais. Ainsi, ce portail se veut un outil pour les citoyens, pour les entreprises qui souhaitent s’implanter sur ce territoire, pour les urbanistes et les architectes, mais également pour les acteurs du tourisme urbain et industriel. Pour l’instant, les documents regroupés proviennent essentiellement de fonds d’archives privées et de thèses publiées sur le sujet ; toutefois, une recherche plus poussée dans les archives municipales et intercommunales est prévue pour créer un véritable site attractif présentant des informations validées scientifiquement. Cependant, la question du portage institutionnel d’un tel projet n’est pas évidente à résoudre, puisque ce quartier se trouve à cheval sur deux communes (Villeurbanne et Vaulx-en-Velin). Les Archives intercommunales pourraient s’avérer être le bon acteur pour mener ce projet, même si elles ne conservent pas la majorité des documents relatifs à cette histoire. Cette intervention a montré que la valorisation de l’urbanisme s’inscrit pleinement dans « la politique de la ville » et que par conséquent les services Archives pourraient être identifiés comme des ressources et impliqués plus régulièrement dans ce type de projet.

Nicolas Farge (Directeur des relations internationales et des partenariats de l’École Nationale des Travaux Public de l’État) a également souligné lors de son intervention l’importance du recours aux archives dans la réalisation des grands travaux publics, et appelé les archivistes à s’associer à l’ENTPE. Ainsi, il les a invités à participer aux colloques organisés par l’école, à intervenir dans les formations proposées et à les aider à définir les maquettes des enseignements afin de sensibiliser en amont les futurs producteurs d’archives. Il a également insisté sur l’aspect bénéfique de l’emploi de stagiaires en formation à l’ENTPE.

Florian Giraud (archiviste à Annemasse Agglo)

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