Sur les traces des usines du Creusot : visite de l’Académie François Bourdon

Le lundi 21 octobre 2013, la promotion 2013/2014 du Master 2 Métiers des Archives s’est rendue à l’Académie François Bourdon située au Creusot. Elle a été accueillie là-bas par le directeur de l’Académie, Mr. Yvan Kharaba.

La visite s’est déroulée tout au long de la journée, et ce, dans les différents bâtiments et annexes de l’Académie, à savoir le château de la Verrerie – lieu de conservation des archives historiques de l’Académie –, la salle du Jeu de Paume et le Centre Magenta, consacré à la gestion et à la conservation des archives intermédiaires de diverses sociétés.

Trois principaux sujets ont été abordés par M. Kharaba lors de cette rencontre : la présentation des locaux de l’Académie, le fonctionnement de l’association, et enfin les politiques de valorisation des archives mises en œuvre par celle-ci.

Un petit historique de l’Académie  

L’Académie François Bourdon a été fondée en 1985, sur l’initiative d’anciens salariés des usines du Creusot-Loire, suite au dépôt de bilan et à la liquidation judiciaire de cette société.

Juridiquement, l’Académie est, et ce, depuis l’origine, une association à but non lucratif. Le but de celle-ci est de conserver les archives « Creusot-Loire » qui couvrent l’ensemble de l’histoire industrielle du Creusot, depuis ses débuts en 1782, jusqu’en 1985. Parmi ces archives, elle conserve plus particulièrement les archives de la société Schneider et Cie créée en 1837.

La principale annexe – elle en compte trois au total – est installée dans le château de la Verrerie, bâtiment classé au titre des Monuments historiques depuis 1984. L’Académie s’y installera en 1988. Un an plus tard, les archives Creusot-Loire sont classées « archives historiques » par le Ministère de la Culture.

L’Académie François Bourdon a été très vite reconnue comme un centre important d’archives industrielles, au plan régional et même national.

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Vue de l’aile ouest du Château de la Verrerie.
Photo : Amaury TRIBALAT, 2013

 

 La visite du château de la Verrerie : présentation du service et de son fonctionnement

La matinée a été consacrée à la visite des locaux du château de la Verrerie. A cette occasion, les étudiants ont pu découvrir les différents magasins consacrés aux archives de l’Académie.

Parallèlement, M. Kharaba a expliqué le fonctionnement de l’Académie. Cette dernière a pour vocation de conserver les archives historiques de la société Schneider et Cie, mais également celles, courantes et intermédiaires, de Schneider Electric Industries SA et de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM).

En volume, l’association gère ainsi 6 500 mètres linéaires de dossiers, 525 000 photographies, 150 000 plans et une bibliothèque de 40 000 volumes.

Mr Kharaba a fait découvrir aux étudiants un certain nombre de documents d’archives : des plans – parfois très techniques, et sur des toutes petites pièces de machines –, des dossiers du personnel, des fiches de travail nominatives – classées par nationalités ou comme apatrides – etc.

A cette occasion, la promotion a pu constater que l’Académie était en possession d’archives particulièrement intéressantes. Citons ici une fiche de travail qui suscite un vif intérêt : celle du président de la République Populaire de Chine de 1978 à 1992, Deng Xiaoping – connu par sa fiche sous le nom de « Teng Hiao-Ping » – ce dernier ayant en effet travaillé trois semaines au sein des usines du Creusot durant sa jeunesse.

La visite du centre Magenta, centre de gestion des archives intermédiaires de l’Académie

L’après-midi a été consacrée à la visite du Centre Magenta, annexe de l’Académie située à l’écart du Château de la Verrerie. Ce dernier est consacré à la gestion et au stockage des archives intermédiaires : il s’agit en effet d’un centre de stockage d’archives intermédiaires pour un certain nombre d’entreprises encore en activité. L’Académie François Bourdon gère ainsi les archives de sociétés comme Fenwick-Manutention ou Schneider Electric Industries SA ainsi que celles des anciennes sociétés absorbées comme Merlin-Gerin, La Télémécanique ou bien encore l’Electro-porcelaine. Mr Kharaba a fait découvrir aux étudiants cette annexe ainsi que les différentes archives qui peuvent y être conservées, mais également tout le fonctionnement de ce centre. A cette occasion, les étudiants ont pu découvrir les liens importants qui existent entre l’Académie et les entreprises versantes, entreprises qui peuvent, dans un délai assez court et à leur demande, soit récupérer des documents d’archives, soit demander la communication de certaines informations contenues dans ces derniers.

Une politique active de valorisation des archives : un enjeu majeur pour tous les services d’archives d’aujourd’hui

Mr Kharaba, tout au long de cette journée, n’a eu de cesse de faire comprendre aux étudiants l’importance de la valorisation des archives, et pour l’association qu’il dirige, et pour les services constitués d’archives (Archives départementales, archives communales, etc.).

A ce titre, différentes actions de valorisation ont été mises en place au sein de l’Académie. Tout d’abord, des conférences au moyen desquelles l’Académie s’emploie à encourager la recherche historique  dans les domaines qui lui tiennent à cœur (histoire industrielle, histoire économique, histoire sociale…). Cela passe également par l’organisation de colloques, traitant notamment de l’histoire industrielle, souvent organisés en lien avec l’Université de Dijon-Bourgogne. D’autres partenaires y apportent ponctuellement leur soutien : les Archives départementales de Saône-et-Loire, la ville du Creusot, Arts et Métiers ParisTech, le groupe Schneider Electric, le groupe Areva, le groupe Arcelor Mittal ou encore les Archives de France. L’Académie s’emploie également à promouvoir les publications relatives à l’exploitation de son fonds.

OLYMPUS DIGITAL CAMERADe plus, afin d’accroître sa renommée et son attractivité auprès des jeunes et des moins jeunes, l’Académie organise une exposition permanente dans la salle du Jeu de Paume –  intitulée « Le Métal, la Machine et les Hommes ». Des actions culturelles sont également menées auprès des plus jeunes grâce au service éducatif de l’Académie.

La salle du Jeu de Paume  

M. Kharaba a présenté aux étudiants l’exposition permanente intitulée « Le Métal, la Machine et les Hommes – 200 ans d’histoire industrielle au Creusot », installée dans la salle du Jeu de Paume. Cette exposition retrace l’histoire industrielle du Creusot de 1782 à nos jours. L’Académie possède une importante collection d’objets (un peu plus de 1 000 objets) dont une partie est exposée. Les nombreuses explications et objets sont accompagnés de nombreux documents iconographiques extraits du fonds historique de l’Académie.

La promotion a été particulièrement impressionnée par la maquette en relief du Creusot (7m x 3m), maquette qui fut présentée au pavillon de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris.

Cette exposition est un véritable succès puisqu’elle accueille près de 20 000 visiteurs par an.

Le service éducatif de l’Académie

En outre, l’association mène des actions pédagogiques auprès des plus jeunes et des scolaires.  A titre d’exemple, M. Kharaba a cité le projet « (Pata)ponts ».  Ce projet consistait en un concours organisé entre trois classes de CM2 originaires du Creusot et du Breuil : les élèves devaient réaliser le pont le plus solide possible avec des pâtes. Le vainqueur était celui dont le pont résistait le plus longtemps à la pression d’un poids.

L’Académie bénéficie d’archives exceptionnelles  

La visibilité d’un service passe parfois par le prêt de pièces archivistiques « exceptionnelles ».  A ce titre, M. Kharaba a fourni aux étudiants plusieurs exemples d’archives détenues par l’Académie, qui rendent son service visible non seulement en France, mais aussi en Europe, voire dans le monde entier.

Ainsi a-t-il évoqué le prêt de certaines archives historiques lors d’une manifestation exceptionnelle, celle du 20e anniversaire des Archives du Monde du Travail à Roubaix. C’est le cas de deux valises de billets émis par les usines du Creusot pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Liasse de billets de banque émis par la société Schneider lors de la Seconde Guerre mondiale.
Photo : Amaury TRIBALAT, 2013

 

C’est également le cas d’une partie des archives de la société Schneider au Creusot, qui connurent un destin pour le moins rocambolesque. Pillées par les Allemands à la France sous l’Occupation, ces archives furent transportées à Berlin par les Allemands pour y être étudiées, où elles furent ensuite saisies par les Russes lors de la débâcle du IIIe Reich en 1945. Ce n’est qu’après la chute de l’URSS en 1991 et le réchauffement des relations franco-russes qui s’ensuivit, que l’Académie pût remettre la main dessus par l’intermédiaire du Ministère des Affaires étrangères français de l’époque.

Les étudiants du Master 2 Métiers des Archives de Lyon III

La promotion souhaite ici remercier vivement Mr Yvan Kharaba pour son accueil, sa courtoisie et ses nombreuses explications données lors de la visite commentée des différents services de l’Académie. Elle le remercie également pour ses anecdotes et pour ses précieux conseils prodigués pour la future entrée des étudiants dans la vie professionnelle.

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