Les urbanistes et leurs archives

« Lire et relire la Ville » a également donné la parole aux producteurs des archives : les urbanistes. Ainsi, dans les deux dernières interventions de la matinée, trois urbanistes du Grand Lyon, Stéphane Mazereel (urbaniste territorial), Laurence Tanguille (urbaniste opérationnelle) et Michel Soulier (urbaniste territorial) ont pu développer leur rapport avec les archives, l’archivage et le service Archives.

Leurs interventions aP1030457-webvaient pour fondement des opérations d’archivage différentes. L’entretien entre Laurence Tanguille et Michel Soulier visait à montrer l’opération de tri avant versement effectué par Michel Soulier, avant son départ à la retraite, sur les documents qu’il avait produits depuis 1992 (date de son entrée dans le bureau de l’urbanisme du Grand Lyon). L’intervention de Stéphane Mazereel était justifiée par l’archivage de dix armoires témoignant des vingt ans d’existence du projet « Porte des Alpes ». Ces deux témoignages ont en commun de provenir d’urbanistes prospectifs, c’est-à-dire d’urbanistes dont le travail est de penser la production et l’évolution de la ville sur un temps long. Concrètement, ils produisent de nombreuses études préalables et proposent différents projets, mais n’interviennent pas dans la phase concrète des travaux (ce qui est le rôle des urbanistes opérationnels). Ainsi, les urbanistes territoriaux ont presque quotidiennement recours aux archives afin de reprendre des anciennes études, ou d’étudier l’histoire de l’évolution d’un quartier, par exemple.  Les archives qu’ils consultent sont celles de leur propre service, et sont généralement conservées à proximité directe de leurs bureaux. Elles constituent également une ressource qu’ils consultent systématiquement lors de leur prise de fonction dans un nouveau service. Ce rapport étroit avec les archives explique les trois raisons principales pour lesquelles les urbanistes archivent :

  • Pour clore un grand projet (comme la mission « Porte des Alpes »).
  • Pour transmettre leur travail à leurs successeurs.
  • Pour montrer le rôle qu’ils ont joué dans la construction de la ville.

Toutefois, si l’on peut dire que les urbanistes entretiennent de bonnes relations avec les archives, le rapport à l’archivage n’est pas toujours simple. Il est même source « d’angoisses » selon les termes de Stéphane Mazereel. La première des angoisses est celle de la perte de l’information. En transférant les documents de leur bureau au service Archives, les urbanistes ont l’impression que ces document seront perdus. Non pas qu’ils doutent de l’efficacité de la communication des documents des Archives, (qu’ils ont d’ailleurs constaté lors de leurs recherches de permis de construire), mais plutôt de la facilité de la recherche. En effet, les instruments de recherche mis à disposition par le service Archives leur semblent parfois difficiles d’accès. De plus, la plupart d’entre eux ne considèrent pas les Archives comme un service ressource. Cette première angoisse souligne donc l’importance de la communication des archivistes auprès des services et du travail à effectuer pour améliorer notre visibilité. Une autre angoisse est celle du jugement des chercheurs et du grand public. Cette angoisse est liée à la prise de conscience de la communicabilité des documents lors du versement aux Archives quand l’archiviste les informe qu’ils seront consultables immédiatement. Cette appréhension est reconnue, par les urbanistes eux-mêmes, comme paradoxale car ils n’hésitent pas à recevoir les étudiants et les chercheurs et à répondre en toute franchise à leurs questions. L’évocation de cette « angoisse » a également permis de constater une méconnaissance de la législation en vigueur concernant la communication des documents publics, méconnaissance qui parfois résulte d’une autre plus grave : les documents produits sont parfois considérés comme un bien privé. En effet, pour certains urbanistes l’archivage est l’occasion du passage de leurs documents dans le P1030456-webdomaine public. Cette considération a rapidement été relevée par l’assemblée (notamment les archivistes présents) qui a établi un échange riche avec les intervenants et rappelé la loi à ce sujet, en précisant bien que cette confusion n’était pas propre aux urbanistes et que cette confusion n’est pas propre aux urbanistes et que nombreux corps de métier la commettent.

Cela a permis de mettre en évidence l’importance des opérations de formation et de sensibilisation faites par le service Archives. Un accompagnement des archivistes est nécessaire pour réaliser un travail d’archivage le plus en amont possible. L’archivage « au fil de l’eau » est perçu comme difficile pour les urbanistes du fait des contraintes de temps, mais également de la particularité de leur travail qui rend les opérations de tris trop fréquentes délicates. En effet, des projets d’abord sans grande importance peuvent devenir des projets phares une dizaine d’années plus tard. De plus, organiser cet archivage régulier est aussi délicat pour le service Archives puisque aucune règle claire n’est pour le moment définie en ce qui concerne la conservation des archives de l’urbanisme. À ce propos, la question de l’archivage électronique s’est invitée au débat, et des archivistes ont rappelé que des procédures devaient être mises en place dès la création des documents nativement électroniques en vue de leur conservation future. En effet, si il a été possible (difficile, mais possible) de reprendre les trente ans d’arriéré d’archives papier de la DGDU, cela sera impossible avec des documents informatiques non inscrits dans un plan de classement, mal nommés et aux métadonnées non renseignées.

Ainsi, l’importance de la sensibilisation par les archivistes des producteurs d’archives le plus tôt possible a été rappelée, de même que la nécessité d’accompagner le processus de production documentaire assez tôt en amont. Les interventions des urbanistes ont bien mis en évidence cette nécessité et leur volonté de participer à ce processus.

Florian Giraud (archiviste à Annemasse Agglo)

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Un commentaire pour Les urbanistes et leurs archives

  1. Jennifer dit :

    Voilà une bonne synthèse. Merci pour ceux qui n’y étaient pas!

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